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Clinique

Cholestérol chez la femme : ménopause, hormones et risque cardiovasculaire

Le cholestérol chez la femme obéit à des règles spécifiques. Impact de la ménopause, de la pilule, de la grossesse sur le bilan lipidique et le risque cardiovasculaire.

Publié le 30 mars 2026 · 10 min de lecture

Le cholesterol chez la femme n’est pas une version feminine du cholesterol masculin. Les hormones sexuelles modifient profondement le metabolisme lipidique a chaque etape de la vie — puberté, contraception, grossesse, menopause. Les recommandations de prise en charge tiennent compte de ces specificites.

La protection hormonale avant la menopause

Avant la menopause, les femmes ont un profil lipidique naturellement plus favorable que les hommes du meme age :

  • HDL plus eleve : en moyenne 0,55 g/L contre 0,45 g/L chez l’homme. Les oestrogenes stimulent la synthese d’apo A-I (proteine principale du HDL)
  • LDL plus bas : les oestrogenes augmentent l’expression des recepteurs LDL hepatiques, accelerant la clearance du LDL circulant
  • Triglycerides legerement plus eleves : les oestrogenes stimulent la production hepatique de VLDL, mais cet effet est compense par l’augmentation du HDL

Cette protection hormonale explique pourquoi les femmes developpent des maladies cardiovasculaires en moyenne 10 ans plus tard que les hommes.

L’impact de la menopause

La menopause marque un tournant majeur dans le profil lipidique. En 1 a 2 ans apres l’arret des regles :

ParametreEvolutionAmplitude
LDL cholesterolHausse+10 a 15 %
HDL cholesterolBaisse-5 a 10 %
TriglyceridesHausse+10 a 15 %
Cholesterol totalHausse+10 a 20 %

A 60 ans, une femme a en moyenne un LDL superieur a celui d’un homme du meme age. Le risque cardiovasculaire rejoint progressivement celui des hommes dans la decennie suivant la menopause.

Quand faire son bilan ?

La HAS recommande un bilan lipidique systematique a la menopause (ou a 50 ans). Si le bilan est normal, il est repete tous les 5 ans. Si des anomalies sont detectees, un suivi plus rapproche est mis en place.

Contraception hormonale et bilan lipidique

Pilules estroprogestatives

Les pilules combinees contenant de l’ethinylestradiol (la majorite des pilules) modifient le bilan lipidique :

  • Triglycerides : hausse de 30 a 50 % (effet oestrogene sur la production hepatique de VLDL)
  • HDL : hausse de 10 a 20 %
  • LDL : variable selon le progestatif associe

Le risque est surtout lie a l’elevation des triglycerides chez les femmes predisposees. En cas de triglycerides > 3 g/L sous pilule, un changement de contraception est necessaire.

Progestatifs seuls

Les progestatifs purs (pilule microprogestative, implant, DIU hormonal) ont un impact minimal sur le bilan lipidique. Ils sont preferes chez les femmes avec des anomalies lipidiques preexistantes.

Bilan avant contraception

Un bilan lipidique est recommande avant la premiere prescription de contraception hormonale, puis a 3-6 mois si le bilan initial etait normal.

Grossesse et cholesterol

Le cholesterol augmente physiologiquement pendant la grossesse :

  • Cholesterol total : hausse de 25 a 50 % au 3e trimestre
  • Triglycerides : hausse de 200 a 300 % au 3e trimestre
  • LDL : hausse de 30 a 50 %

Cette elevation est normale et necessaire : le cholesterol est indispensable au developpement du foetus (membranes cellulaires, hormones, systeme nerveux).

Important : les statines sont formellement contre-indiquees pendant la grossesse et l’allaitement (risque teratogene). Toute femme sous statine doit arreter le traitement au moins 1 mois avant une grossesse planifiee.

Le bilan lipidique revient a la normale 6 a 12 semaines apres l’accouchement.

Prise en charge specifique

Regles hygienodietetiques (identiques)

Le regime mediterraneen, l’activite physique et les complements naturels (omega-3, phytosterols) sont aussi efficaces chez la femme que chez l’homme.

Statines chez la femme

Les statines sont efficaces et recommandees chez la femme avec les memes indications que l’homme. La meta-analyse CTT confirme un benefice identique en prevention secondaire.

En prevention primaire, le benefice est egalement demontre mais le sur-traitement des femmes a risque faible doit etre evite : le score de risque SCORE₂ est adapte au sexe (risque de base plus faible chez la femme).

Traitement hormonal de la menopause (THS)

Le THS a un effet favorable sur le bilan lipidique :

VoieLDLHDLTriglycerides
Transdermique (patch, gel)-10 a 15 %+5 a 10 %Neutre
Orale-10 a 15 %+10 a 15 %+20 a 30 %

La voie transdermique est preferee chez les femmes avec des triglycerides eleves car elle evite le premier passage hepatique.

Le THS n’est jamais prescrit pour traiter une dyslipidémie. Son indication principale est le traitement des symptomes de la menopause (bouffees de chaleur, secheresse vaginale). L’amelioration du bilan lipidique est un benefice secondaire.


Pour comprendre vos resultats : lire son bilan lipidique. Pour les solutions naturelles : alimentation anti-cholesterol et nos complements recommandes.

Questions fréquentes

Pourquoi le cholestérol augmente-t-il à la ménopause ? +
Les œstrogènes stimulent les récepteurs LDL hépatiques et augmentent le HDL. À la ménopause, la chute des œstrogènes entraîne une hausse du LDL de 10 à 15 % et une baisse du HDL de 5 à 10 % en 1 à 2 ans. C'est pourquoi un bilan lipidique est recommandé à la ménopause.
La pilule contraceptive augmente-t-elle le cholestérol ? +
Les pilules contenant des œstrogènes augmentent les triglycérides de 30 à 50 % mais aussi le HDL. Le LDL varie peu. Les progestatifs seuls ont un impact minimal sur le bilan lipidique. Un bilan lipidique est recommandé avant la mise en place d'une contraception hormonale.
Le traitement hormonal de la ménopause est-il bon pour le cholestérol ? +
Le THS par voie transdermique (patch, gel) améliore le profil lipidique : hausse du HDL, baisse du LDL, sans effet significatif sur les triglycérides. Le THS oral augmente les triglycérides. L'indication du THS doit être discutée avec le gynécologue en tenant compte du rapport bénéfice/risque global, pas uniquement du bilan lipidique.
SM
Rédigé par Dr Sophie Martin
Médecin vasculaire — Spécialiste en prévention cardiovasculaire

Contenu relu et validé selon les recommandations HAS et ESC/EAS.

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